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Discours de M. Ronan Le Gleut, sénateur français à la conférence « Défense européenne et la sécurité transatlantique – Perspectives croisées du V4 et de la France » le 25/10

La Maison de l'Europe | Discours de M. Ronan Le Gleut, sénateur français à la conférence « Défense européenne et la sécurité transatlantique – Perspectives croisées du V4 et de la France » le 25/10

A l’occasion du 20ème anniversaire de l’élargissement de l’OTAN à l’Europe Centrale et du 15ème anniversaire de l’adhésion des pays du Groupe de Visegrad à l’Union européenne, S.E.M Tomasz Mlynarski, Ambassadeur de la République de Pologne en France, S.E.M Georges Karolyi Ambassadeur de Hongrie en France et S.E.M Igor Slobodnik, Ambassadeur de la République Slovaque en France ont organisé une conférence « Défense européenne et la sécurité transatlantique – Perspectives croisées du V4 et de la France » le vendredi 25 octobre au Sénat. C'est dans ce cadre que M. Ronan Le Gleut, Sénateur, Membre de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat a prononcé ce discours de clôture ci-desous sur la défense européenne et la sécurité transatlantique. 

 

 

 

"Mesdames, Messieurs,

 

Pour clore cette matinée d’échanges très riches, je souhaiterais tout d’abord remercier l’ensemble des intervenants, ainsi que les animateurs des deux tables rondes, qui ont tous contribué à l’intérêt et au succès de cet événement.

 

Ces échanges – ou « perspectives croisées » - sont tout à fait dans l’esprit de la démarche du rapport sur la défense européenne que nous avons présenté avant l’été avec Hélène Conway-Mouret. Notre travail nous a en effet conduits à consulter nos partenaires dans six pays d’Europe et à mettre de côté les grands concepts pour voir ce vers quoi, concrètement, l’Europe pouvait avancer. Avancer des idées sur la défense européenne, sans prendre en compte l’avis des Européens, ne nous permettra pas de progresser. C’est pourquoi il me paraît essentiel d’échanger comme nous l’avons fait aujourd’hui.

 

Où en est-on ?

 

« Rien n’arrête une idée dont le temps est venu » disait Victor Hugo. Et il me semble que le temps de la défense européenne est venu. Les événements de ces dernières semaines en confirment la nécessité, voir même l’urgence.

 

Le lien transatlantique reste essentiel, consubstantiel de cette défense européenne.

 

Mais les États-Unis sont durablement tournés vers d’autres horizons : leur rivalité avec la Chine, d’une part, mais aussi la primauté des considérations de politique intérieure dans leur processus de décision. L’affaire ukrainienne contre Donald Trump en est une flagrante illustration… et la perspective des élections présidentielles de l’an prochain ne va pas arranger les choses.   

 

Le retrait américain de Syrie, à la faveur de la Turquie et de la Russie, doit nous alerter. Le récent Conseil européen n’a pas permis à l’Union européenne de répondre aux événements d’une voix forte et solidaire. Certes la condamnation de la Turquie a été unanime et plusieurs pays ont suspendu leurs exportations d’armements vers ce pays. Mais l’Europe demeure, fondamentalement, spectatrice du  jeu des grandes puissances. Un réveil stratégique est indispensable.

 

Les initiatives en faveur de la défense européenne sont déjà nombreuses. De multiples dispositifs existent ainsi que des réussites méconnues du grand public. Les choses avancent, pas de façon cartésienne ni selon un grand schéma d’ensemble, mais de façon protéiforme. C’est cette dynamique qu’il faut aujourd’hui favoriser, de façon très pragmatique.

 

Sur le plan politique, tout d’abord, dans le dialogue avec nos partenaires européens, il me semble qu’il faut dépasser deux faux débats :

 

- Le premier est l’opposition stérile faite par certains entre l’Union européenne et l’OTAN.

 

Si nous voulons être efficaces, nous ne devons jamais laisser penser que nous souhaiterions un retrait américain d’Europe, ni que l’Europe serait aujourd’hui en état de pourvoir à ce retrait.

 

Les États-Unis représentent à eux seuls les deux tiers des dépenses militaires totales des pays de l’OTAN. Ils dépensent 36 milliards de dollars pour la défense de l’Europe.

 

Le coût des investissements que devraient réaliser les pays de l’OTAN pour pouvoir assurer leur défense collective, dans l’hypothèse d’un retrait américain, a été évalué par des chercheurs de l’IISS (International Institute for strategic studies) à environ 300 milliards de dollars.

 

Le débat sur l’autonomie stratégique, c’est donc d’abord un débat sur nos lacunes capacitaires collectives.

 

- Le second faux débat, c’est celui qui consiste à opposer la menace « Est » à la menace « Sud ».

 

L’Europe dans son ensemble est confrontée à la vigueur nouvelle de la menace à l’est, depuis la guerre de Géorgie, l’annexion de la Crimée et la guerre au Donbass, ainsi que des tests de nos frontières aériennes et maritimes et la mise à l’épreuve de la solidité de nos démocraties.

 

Dans le même temps, la faiblesse de certains États du sud, au Moyen-Orient et en Afrique, favorise la prolifération des groupes armés et la multiplication des trafics, y compris d’êtres humains, aux portes de l’Europe.

 

Il n’y a pas à privilégier une menace ou l’autre. Elles doivent être analysées ensemble. Elles ont d’ailleurs de nombreux points d’intersection : l’activisme de la Russie en Afrique, son influence grandissante au Moyen-Orient, encore illustré spectaculairement depuis 15 jours, en sont des illustrations.

 

Pour avancer, ensuite, la défense européenne doit se fonder sur des partenariats flexibles, et abandonner l’objectif utopique d’ « armée européenne ».

 

Les deux grands partenaires stratégiques de la France, ce sont bien sûr le Royaume-Uni et l’Allemagne. Ces partenariats sont essentiels et doivent être moteurs pour la défense européenne. Mais ils sont aussi sources d’incertitudes et ne sont pas suffisants.

 

Dans notre coopération avec les Britanniques, il faut tout faire pour minimiser l’impact du Brexit et continuer à travailler avec ce pays en lui permettant, notamment, de participer à la Coopération structurée permanente et au Fonds européen de défense. La défense européenne ne pourra pas faire l’impasse sur les compétences de l’industrie britannique. Sur le plan politique, l’idée d’un Conseil de sécurité européen est intéressante, pour maintenir l’ancrage du Royaume-Uni au continent, mais ce Conseil de sécurité devra être inclusif et ne pas donner le sentiment ce créer une Europe à plusieurs vitesses.

 

Notre second grand partenaire, l’Allemagne, a une culture de la défense complètement différente de la nôtre. Il est d’usage de dire que « quand on parle de défense européenne, les Français entendent « défense » et les Allemands entendent « Europe » ».

 

Une convergence entre Européens est souhaitable sur les projets communs d’envergure, notamment les systèmes de combat aérien et terrestre futurs. Il est difficile d’imaginer que notre continent puisse être en capacité de développer, par exemple, deux chasseurs de sixième génération (Tempest et SCAF).

 

Ces partenariats sont naturellement ouverts à d’autres pays. Nous devons continuer à promouvoir les coopérations structurantes. Il n’y a pas d’autonomie stratégique sans base industrielle et technologique. L’Espagne a récemment rejoint le projet SCAF. La France a conclu avec la Belgique un partenariat exemplaire dans le domaine terrestre (CaMo).

 

Les pays du groupe de Visegrad ont un rôle important à jouer dans cette défense européenne. Nos relations militaires, et nos échanges dans le domaine de la formation des officiers, doivent être intensifiés. Il y a aussi une réflexion à développer sur l’interopérabilité c’est-à-dire sur les moyens de mener à l’avenir de véritables opérations militaires ensemble.

 

Pour terminer, peut-être devrions-nous, collectivement, commencer par changer le narratif sur la défense européenne.

 

Ce narratif est actuellement très négatif… je m’en suis moi-même fait l’écho, en évoquant l’impuissance de l’Europe face à la situation en Syrie. C’est le verre à moitié vide !

 

Mais il y a aussi le verre à moitié plein… des réussites existent. Nous devons mettre davantage en valeur nos intérêts communs et nos actions collectives, qui sont déjà nombreuses et ont vocation à se développer à l’avenir.   

 

Je vous remercie."

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