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Plan Juncker : Un an d'investissement pour relancer la croissance en Europe

La Maison de l'Europe | © Sintes/Sipa

Opérationnel depuis maintenant un an, le plan Juncker, aussi connu sous le nom de Plan d’investissement pour l’Europe,vise à relancer les investissements et la croissance en Europe et a déjà permis de mettre en place pas moins de 15 projets différents en France et 64 à travers l’Europe. Il devrait continuer au-delà de 2018, bien que certains de ses aspects soient décriés.

 

 

C’était en juin dernier, Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne déclarait à propos du Plan Juncker: "Le plan d’investissement fonctionne et dément les prévisions pessimistes. Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) crée des emplois et stimule l’investissement dans l’économie réelle chaque jour". Il est difficile de contester une telle déclaration au vu des chiffres encourageants de ces derniers mois, du taux de chômage qui commence à baisser au sein de l’Union européenne (8,8 % en mars 2016, son taux le plus faible depuis 2009) aux prévisions de croissance revues à la hausse par la Banque Centrale européenne (1,6 % pour 2016 au lieu de 1,4 % initialement prévu). En septembre, cela fera un an que ce programme est opérationnel, une bonne occasion de revenir sur l’un des projets les plus importants de la Commission européenne.

 

Le Plan d’Investissement pour l’Europe (ou Plan Juncker) est né en juillet 2014. Sa conception partait d’un constat simple: suite à la crise économique de 2008, les investissements en Europe étaient au plus bas, avec une chute de 15 % par rapport à leur niveau de 2007. Il fallait redonner confiance aux investisseurs publics et privés et relancer l’industrie en Europe. Afin d’y arriver, la Commission européenne décide de développer un plan de relance économique, le Plan Juncker,dont le but est de supprimer les obstacles à l’investissement. Et cela va se faire grâce à deux volets principaux: un premier juridique en adaptant les règles européennes; un second financier en mobilisant via la création d’un Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) de 315 milliards d’euros en trois ans (2015-2017) sur des projets dits risqués et en assurant aux investisseurs une garantie de remboursement. Un projet intéressant donc, mais qui se heurte à un problème: comment mobiliser ces 315 milliards d’euros?

 

Pour cela, la Commission a misé sur un effet de levier, c’est-à-dire, une mise initiale de 21 milliards d’euros des institutions européennes (16 milliards venant du budget européen et 5 de la Banque européenne d’investissement) qui devrait entrainer l’apport d’investissements publics et privés. Dès septembre 2015, le pari porte ses fruits puisque, à l’instar d’investisseurs privés, plusieurs États membres annoncent leur participation: la Bulgarie, l’Allemagne, la France, l’Espagne, la Pologne, la Slovaquie, le Luxembourg ou encore le Royaume-Uni. Partant sur cette base solide, le FEIS est mobilisé sur deux types de projets: les investissements de longs termes (pour les 3/4 du FEIS) et l’aide au développement des PME (pour 1/4 du FEIS).

 

Concrètement, les projets financés sont très divers. Rien qu’en France, pas moins de 15 projets de grande envergure ont eu recours au FEIS en moins d’un an. Que ce soit la construction d’une autoroute près de Strasbourg, la réhabilitation d’anciens sites industriels entre la France et la Belgique, la création de logements sociaux, l’amélioration énergétique de bâtiments résidentiels ou encore la mise en place d’installations haut débit en Picardie et en Alsace, tous répondent à l’un des cinq secteurs très ouverts du Plan Juncker: connaissance et économie numérique, infrastructures sociales, union de l’énergie, ressources et environnement ainsi que les transports. La réussite est là. En un an, la Banque européenne d’investissement qui gère le FEIS aura accepté 64 projets dans 27 des 29 États membres et mis en place 185 conventions de financement de PME pour une mobilisation totale de 106 milliards d’euros. Ces chiffres attestent du très bon départ du Plan d’Investissement pour l’Europe et a poussé Jean-Claude Juncker à prévoir un allongement du FEIS au-delà des trois ans initialement prévus.

 

Mais le Plan Juncker ne s’arrête pas là puisqu’il vise aussi à mettre en place des outils pour faciliter les démarches des porteurs de projets. Ainsi, poursuivant son ambition de relancer la croissance en Europe, la Commission européenne a lancé en septembre 2015 une plateforme européenne de conseil en investissement qui analyse et donne des conseils pour les projets soumis. Enfin, le 1er juin 2016 l’Union européenne a mis en ligne son portail européen de projets d’investissements. Cette plate-forme internet ne mobilise pas le FEIS, mais cherche plutôt à mettre plus facilement en relation les personnes désirant réaliser un projet et les investisseurs. C’est donc par ces différentes actions que la Commission européenne poursuit son projet de simplifier l’investissement en Europe.

 

Pourtant, tout ne semble pas parfait dans la mobilisation du FEIS. C’est notamment ce que souligne la banque Natixis en pointant du doigt l’inégale répartition des bénéficiaires de ce programme. En effet, il s’avère que le Royaume-Uni et l’Italie mobilisent près de la moitié du FEIS (44,3 % à eux deux dont 27,1 % pour le premier et 17,2 % pour le second) alors que la Grèce, qui aurait davantage besoin du dispositif, n’en touche que 0,1 % et Chypre et Malte n’en bénéficient même pas. Une répartition étrange donc qui favorise les pays ayant à la fois contribué au financement de ce fonds et possédant un fort secteur privé. Enfin, suite au vote en faveur du Brexit, la question relative à l’utilisation du FEIS pour de futurs projets au Royaume-Uni reste en suspens.

 

Natixis n’est pas seule à critiquer sévèrement le Plan Juncker. Le think tank Bruegel souligne, en effet, que le nombre d’investissements réalisés dans le cadre du FEIS, même s’il n’est pas négligeable, reste insuffisant. Il manquerait entre 270 et 330 milliards d’euros par an. Il nuance aussi la prise de risque, voire le caractère novateur des projets approuvés par la Banque européenne d’Investissement (BEI) dans le cadre du FEIS: sur 55 projets analysés, 42 avaient une forte ressemblance avec des projets financés par la BEI auparavant, 11 une faible ressemblance et un seul (une usine de recyclage du titane) semblait réellement innovant. Devant ces critiques, il ne reste plus qu’à attendre la réponse de la Commission européenne qui publiera de nouvelles propositions législatives pour prolonger et améliorer le FEIS courant automne 2016.

 

Cliquez ici pour la version pdf.

 

Publié le mercredi 31 août sur France Soir

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